
Blockchain africaine : ces plateformes qui construisent l'accès à la crypto depuis l'intérieur du continent
Blockchain africaine : ces plateformes qui construisent l'accès à la crypto depuis l'intérieur du continent
Pendant que les grandes conférences internationales débattent de régulation crypto, une génération d'entrepreneurs africains a déjà construit, depuis des capitales souvent absentes des radars médiatiques mondiaux, les infrastructures qui permettent concrètement à leurs compatriotes d'accéder aux cryptomonnaies. Voici cinq initiatives vérifiables, de la plus connue à la plus discrète.
Izichange : né d'une frustration personnelle en 2016

En 2016, Édouard Kougblenou, alors professionnel de la logistique depuis neuf ans, cherche à acheter des cryptomonnaies et se heurte à un mur : aucune plateforme internationale n'accepte les moyens de paiement disponibles en Afrique. Avec le développeur Marius Okouin, il fonde en 2018 Izichange, aujourd'hui l'une des plateformes crypto les plus complètes du continent.
Au-delà de l'achat et la vente classique de cryptomonnaies via mobile money (MTN, Moov, Orange, Tmoney, Wave, Airtel), Izichange propose un portefeuille intégré pour gérer, envoyer et convertir ses actifs, l'achat de Bitcoin via le Lightning Network, des échanges directs entre particuliers (P2P) depuis 2022, une carte virtuelle pour dépenser ses cryptos converties au quotidien, et IzichangePay, un agrégateur de paiement crypto destiné aux marchands africains : les clients paient en cryptomonnaie, les commerçants sont reversés en devise locale (XOF, XAF, GHS, NGN, KES), avec une intégration technique complète (dashboard sans code, SDKs Node.js et Python, API REST avec webhooks) pour les équipes techniques d'e-commerce, marketplaces ou facturation B2B. La plateforme anime aussi IZISTARS, un programme d'ambassadeurs donnant un accès anticipé aux nouvelles fonctionnalités, et propose des ressources pédagogiques régulières sur la blockchain et le Web3.
Kougblenou, spécialisé en lutte anti-blanchiment et gestion des risques, résume la mission ainsi : "Izichange est née pour faciliter l'accès aux crypto-actifs par des moyens de paiement propres à nos réalités africaines."
Créer un compte sur Izichange : izichange.com (lien sponsorisé)
BarkaChange : depuis Ouagadougou, 50 000 utilisateurs dans 20+ pays

Fondée la même année (2018) à Ouagadougou, BarkaChange permet d'acheter et d'échanger des stablecoins (USDT, USDC), du Bitcoin et d'autres actifs tokenisés, avec des transactions traitées en environ deux minutes, via Orange Money, MTN Money ou Wave, dans les devises XOF, XAF, GNF et CDF. La plateforme couvre plus de 20 pays africains et intègre un portefeuille pour stocker les cryptomonnaies reçues, avec un support client disponible 24/7 en français et en anglais.
Dirigée par une équipe incluant la CEO Ruth Muriithi, la CTO Youmanly Ganou et la CFO Sarifatou Sawadogo, BarkaChange revendique plus de 50 000 utilisateurs satisfaits et un taux de satisfaction de 99%. La plateforme propose également un programme d'affiliation baptisé Barka Angels, offrant des commissions récurrentes à vie sur chaque transaction des utilisateurs parrainés. C'est un des rares cas où le Burkina Faso, souvent absent des récits sur la tech africaine, se retrouve à l'origine d'une infrastructure financière à portée continentale.
Créer un compte sur BarkaChange : barkachange.com (lien sponsorisé)
Possa : payer en crypto, recevoir en FCFA en trois étapes

Moins médiatisée que les deux précédentes, la plateforme Possa permet de convertir directement du Bitcoin (via le Lightning Network) ou de l'USDT (via la chaîne BSC) en FCFA, livré sur un portefeuille mobile local (Wave, Orange Money, MTN MoMo, Moov Money, Mixx by Yas), sans besoin de coordonnées bancaires. Le processus tient en trois étapes : indication du destinataire, scan d'un QR code depuis un portefeuille crypto, puis réception automatique des fonds. Le service couvre la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Cameroun et le Mali, avec des montants allant de 200 FCFA en Bitcoin Lightning jusqu'à 500 000 FCFA par transaction avec vérification d'identité.
Utiliser Possa : possa.me
Mansa Finance : le financement commercial africain devenu infrastructure mondiale

Avec un profil différent, Mansa Finance s'est attaquée à un problème structurel : les entreprises africaines paient parmi les frais de transfert les plus élevés au monde. Selon la Banque mondiale, les transferts vers l'Afrique atteignent 8,5 à 10% de frais, sur environ 60 milliards de dollars envoyés chaque année sur le continent, soit près de 600 millions de dollars perdus annuellement en frais. Fondée par Mouloukou Sanoh (ancien dirigeant du plus grand fonds de capital-risque Web3 d'Afrique et cofondateur de Cassava Network), Mansa a démarré en 2024 avec un système de financement de factures en USDT hébergé sur la blockchain Base.
L'entreprise, basée à Dubaï et soutenue par Tether via le programme Hub71, a depuis élargi son modèle : elle se positionne aujourd'hui comme une infrastructure de liquidité en stablecoin permettant le règlement de collectes, de paiements, de changes de devises (FX) et de trésorerie via une API unique, avec plus de 664 millions de dollars de volume traité en stablecoin sur plus de 40 corridors et 40 paires de devises. Son activité s'étend désormais à l'Afrique, à l'Amérique latine, au Moyen-Orient et à l'Asie du Sud-Est, avec un partenariat récent conclu avec Stables pour combler le manque d'infrastructure stablecoin en Asie.
En savoir plus sur Mansa Finance : mansa.xyz
Ejara : l'héritage d'une pionnière disparue trop tôt, une offre aujourd'hui scindée en deux

Il serait incomplet de parler de blockchain africaine sans évoquer Ejara, fondée en 2020 par la Camerounaise Nelly Chatue-Diop et Baptiste Andrieux. Ancienne experte en machine learning et détection de fraude chez Casino, Darty puis Betclic en Europe, Chatue-Diop est rentrée sur le continent pour donner accès aux cryptomonnaies et à l'investissement aux populations non bancarisées d'Afrique francophone, via un portefeuille non-custodial (le premier du genre sur le continent) et un investissement minimum de 1000 FCFA par mobile money. Ejara a levé 2 millions de dollars en 2021 puis 8 millions en 2022 (Dragonfly Capital, Anthemis), et revendiquait plus de 200 000 utilisateurs dans une dizaine de pays de la zone CFA.
L'offre a depuis évolué : Ejara propose aujourd'hui deux applications distinctes. "Ejara Crypto", l'application historique, reste dédiée aux cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, Tether, Binance Coin) avec ses portefeuilles non-custodial. Une nouvelle application, "Ejara" tout court, est désormais consacrée à l'épargne rémunérée à 5% par an, garantie par la Banque Centrale des États de l'Afrique Centrale (BEAC/CEMAC), les dépôts d'épargne ayant été retirés de l'ancienne application crypto. Chatue-Diop est décédée le 8 janvier 2026 en France, laissant une entreprise à deux visages et un modèle que d'autres continuent de développer.
En savoir plus sur Ejara : ejara.io (épargne réglementée) ou l'application "Ejara Crypto" sur les stores mobiles (accès cryptomonnaies)
Un écosystème qui cherche encore sa reconnaissance régionale

Ces initiatives individuelles trouvent aujourd'hui un espace de convergence : le FAB Sommet (Sommet Blockchain de l'Afrique Francophone), organisé par l'Africa Blockchain Institute Francophone, tiendra sa deuxième édition le 7 octobre 2026 à Abidjan, avec plus de 200 participants attendus venus de plus de 10 pays, 15 start-ups et 6 entités gouvernementales. C'est un signal encore modeste comparé aux grandes conférences internationales, mais révélateur d'un écosystème francophone qui commence à se structurer sur son propre sol plutôt que d'attendre une validation extérieure.
Se former à ces enjeux
Comprendre ces mécanismes (mobile money, portefeuilles non-custodial, stablecoins, financement décentralisé) demande une mise à niveau que peu de cursus classiques proposent en français. C'est l'un des axes que couvre KnowSika, la plateforme de formation en ligne que j'ai fondée pour la blockchain, l'IA et les compétences numériques à destination des jeunes actifs francophones d'Afrique de l'Ouest.
Ce qui ressort de ces cas
Aucune de ces plateformes n'a eu besoin d'attendre un cadre réglementaire complet (rappelons que l'UEMOA n'en a toujours pas) pour construire une infrastructure fonctionnelle et utilisée. Certaines, comme Ejara, ont même dû ajuster leur offre publique pour séparer ce qui relève de l'épargne réglementée de ce qui reste de la crypto pure. D'autres, comme Mansa Finance, ont dépassé leur ambition initialement continentale pour devenir des acteurs mondiaux de l'infrastructure stablecoin. C'est une résilience réelle, mais elle a un revers : sans cadre clair, ces entreprises restent vulnérables à un changement brutal de posture réglementaire, comme l'ont appris à leurs dépens d'autres acteurs ailleurs sur le continent.
Sources :
- Forbes Afrique — Édouard Kougblenou, Izichange
- Documentation IzichangePay
- Blog Izichange — Programme ambassadeur IZISTARS
- BarkaChange — Page d'accueil et FAQ
- BarkaChange — À propos
- Possa — Page officielle
- The Power 50 — Profil MANSA
- The Paypers — Stables, Mansa partner on stablecoin liquidity infrastructure for Asia
- Global Trade Review — Mansa launches multi-funder blockchain-based receivables financing
- App Store — Ejara Crypto (description et migration vers l'app Ejara épargne)
- La Nouvelle Tribune — Décès de Nelly Chatue-Diop
- FAB Sommet — Africa Blockchain Institute Francophone



